De quoi les saisonniers sont-ils le nom?

une belle réflexion d’un saisonnier, recueillie hier sur les réseaux sociaux : Page Facebook de Baptiste Camille.

“J’ai commencé à faire les saisons agricoles il y a plus de vingt ans. Des jobs étudiants, et plus tard la vie en camion. A l’époque ça faisait rêver, c’était une vie de rencontres, de surprises, de mélanges des genres, des milieux et des nationalités, même si les travaux agricoles n’étaient pas les plus faciles et surtout pas les mieux payés… Il y a encore une dizaine d’années les propriétaires des exploitations pouvaient nous accueillir sur un terrain avec une tonne à eau. Pour le reste on se débrouillait… Des toilettes sèches, un feu de camp, et tout le confort de nos fourgons aménagés de manière plus ou moins spartiate et créative… La vie rêvée, les chiens, les forts en gueule, la musique, la spontanéité, la frugalité, le nomadisme…
Et puis “d’en haut” on est venu mettre des bâtons dans les roues de nos fourgons, dans les roues de nos autonomies frugales… En contrôlant tout, à commencer par nos patrons qui n’ont plus eu le droit de nous accueillir dans ces conditions. Il fallait des dortoirs en bonne et due forme, des Algeco et des sanisettes, chimiques bien sûr. Pour coller à l’Europe et à l’agriculture productiviste. Aux “punks à chiens” rêveurs et grandes gueule (mais bosseurs…!) on a préféré faire venir des cars de travailleurs dociles venant de Pologne ou d’ailleurs, qui n’avait d’autre idéal que le gain d’argent (si faible soit-il, parce que dans l’agricole on tire bien les prix vers le bas, vous connaissez l’histoire…)
Après nous avoir confisqué le droit à nous poser, nous faire chier parce qu’on revendiquait le droit de ne pas avoir de domicile fixe, nous sortir tout un tas d’interdiction soit disant pour notre sécurité, le coup de grâce il y a quelques années : le fourgon aménagé par nos soins, notre petite oeuvre d’art personnelle ne passe plus au CT…!
Il y a encore quinze ans (pfiooooouuu comme le temps passe…!) vous aviez une main d’oeuvre saisonnière motivée, joyeuse, autonome et capable de se déplacer facilement au gré des saisons…
Il vous manque 200 000 saisonniers dès maintenant dans les “champs” de monoculture intensive et productiviste ? Ben… C’est peut-être ça le karma…?
Ne comptez pas sur moi pour vendre mon âme au diable.
Mais je veux bien vendre ma force de travail à l’agriculture bio et locale, pour soutenir l’effort… de paix.”

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