Fermeture du Centre d’internement des étrangers de Las Palmas

Paru dans El Païs le 31 mars 2020

Un juge a ordonné mardi la fermeture du Centre d’internement des étrangers (CIE) de Las Palmas de Gran Canaria, après qu’une “contagion progessive” de coronavirus ait été détectée parmi les détenus. Le magistrat a justifié la mesure par les conditions de “surpopulation” des détenus et l’impossibilité de garantir l’isolement dans le centre. Selon le ministère de l’intérieur, une centaine de personnes sont toujours détenues dans la CIE, même si les restrictions aux frontières dans le monde entier empêchent leur expulsion vers leur pays d’origine.

L’ordre du juge de libérer les détenus vient s’ajouter à une demande déjà formulée par le Médiateur le 19 mars dernier, alors qu’il n’y avait toujours pas d’infections confirmées dans les sept centres de détention de toute l’Espagne. Près de deux semaines plus tard, il reste près de 100 personnes en détention (12 % d’un total de 866 places, selon l’Intérieur). Dimanche dernier, le taux d’occupation est resté à 30%. La plupart d’entre eux sont concentrés dans les deux centres des îles Canaries, selon des sources qui connaissent l’occupation des installations.

Le CIE du Barranco Seco auquel le magistrat fait référence a au moins deux détenus chez qui on a diagnostiqué le Covid-19, comme l’a publié la presse locale la semaine dernière. “La décision prise est fondée sur des raisons strictes de santé et d’ordre publics et pour des raisons strictes d’humanité”, a déclaré le magistrat. Le reste des centres, dont certains comme celui de Barcelone qui est complètement vide, n’ont enregistré aucun cas positif, selon l’Intérieur.

Le juge canarien Arcadio Díaz Tejera soutient qu'”il y a une détérioration progressive de la santé des fonctionnaires qui ont été ou sont en train de fournir des services dans le centre” de Barranco Seco, une ancienne prison. Le magistrat, qui exerce un contrôle sur le centre, fait également référence à la “contagion progressive qui s’est produite parmi les migrants”. “Il est raisonnable de comprendre qu’étant donné les voies de transmission de ce micro-organisme, la surpopulation est un facteur favorable à l’expansion de l’infection”, indique la résolution judiciaire.

Droit à la santé
Le juge Diaz rappelle que le but de la détention dans les centres de rétention est d’expulser les immigrants, une procédure qui, dans les circonstances actuelles, est pratiquement impossible à réaliser. Le juge maintient que le droit à la santé des détenus et des fonctionnaires qui y travaillent prévaut.

Le magistrat ordonne donc que les migrants soient transférés dans les centres d’accueil au “rythme le plus rapide possible”, en raison de la contagion qui se produit et compte tenu du “manque de conditions adéquates pour garantir l’isolement adéquat des détenus présentant des symptômes ou ayant été testés positifs”.

Ce juge, qui exerce la fonction de contrôle de la CIE à Las Palmas, avait déjà comparé les installations avec “les prisons de la dictature”. Dans une décision de février, il a exhorté les autorités à remédier aux carences du centre et a dénoncé les “absurdités, irrégularités et déficiences” du lieu.

La libération des étrangers par le ministère de l’intérieur prend plus de temps que ne le voudraient les associations humanitaires et leurs propres avocats. À Valence, un juge a ordonné la libération d’une femme marocaine détenue au CIE de Zapadores. “Les circonstances particulières sur le territoire national” et les “doutes raisonnables que l’expulsion puisse être effectuée dans le délai légal maximum de 60 jours” conseillent “la cessation de l’internement”, indique l’ordonnance du magistrat valencien.

Ce juge a toutefois imposé à la femme l’obligation de se soumettre à des contrôles hebdomadaires à la Brigade des étrangers de la police et lui a retiré son passeport. “Il est triste que nous ayons dû recourir aux tribunaux pour obtenir une libération que nous avions déjà demandée il y a deux semaines et que le Médiateur a soutenue. Cela montre que la détention n’est pas une mesure de précaution pour l’expulsion, mais vise plutôt à punir le séjour irrégulier”, déclare Paco Solans, vice-président de l’Association des avocats des étrangers.

Grève de la faim pour aller dans la péninsule
Outre la libération progressive des étrangers détenus au CIE, les autorités ont autorisé le transfert vers la péninsule de 142 personnes qui séjournaient au Centre de séjour temporaire des étrangers (CETI) de Ceuta, pour des raisons de santé. Les installations ont accueilli plus de 650 personnes alors qu’elles avaient une capacité de 512 personnes. Ce sauf-conduit, qui a surtout profité aux Subsahariens et aux Algériens, a généré un malaise chez les Marocains qui se trouvent encore dans le centre. Un groupe de 13 demandeurs d’asile marocains a entamé une grève de la faim pour protester contre “la discrimination qu’ils subissent par rapport aux autres nationalités”.

https://elpais.com/sociedad/2020-03-31/un-juez-ordena-el-desalojo-del-cie-de-las-palmas-para-frenar-los-contagios.html

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