L’amour au temps du coranavirus : huit clos italien

 

 

À Modène, ville d’Émilie-Romagne à une heure trente en voiture de Milan,
la vie amoureuse de Marta était réglée comme du papier à musique. Cette
jeune grand-mère de 65 ans avait deux amants, deux hommes mariés
ignorant l’existence l’un de l’autre. Aujourd’hui, son monde sentimental
s’est effondré : elle ne peut plus les recevoir en raison du confinement
mis en place pour juguler l’épidémie de coronavirus. À l’heure où la
crise sanitaire fait déjà des centaines de victimes, l’armée contrôle
les allées et venues des gens. Et l’adultère n’est pas un motif valable
pour s’échapper du foyer.

Guerre de territoire
Sa vie amoureuse s’était déjà détériorée depuis près d’un an. En août
2019, pour fuir son loyer parisien, sa fille Laura, 35 ans est venue
s’installer chez elle avec son mari Pierre, 37 ans et leur fille Lola.
Pour profiter de ses amants, Marta devait mettre tout le monde dehors ou
se rendre dans des parcs. Une situation qu’elle a vécue comme une
invasion.

Laura et Pierre pâtissent aussi de cette situation. Le couple vit dans
la peur constante de déranger Marta. Pour s’accorder des moments de
tendresse, ils vont à l’hôtel et confient Lola à sa grand-mère. Des
moments dont ils sont toujours redevables à Marta. Disposer d’intimité à
la maison est compliqué et c’est un territoire que l’on se dispute à bas
bruit… Ou pas.

L’amour au téléphone
Quand le gouvernement italien a annoncé le confinement début mars, tout
leur écosystème s’est effondré. De difficile, la vie amoureuse devient
impossible dans la maison. Si l’habitation est vaste, les chambres très
petites et collées les unes aux autres offrent peu d’intimité. Marta ne
peut plus voir ses amants et doit se contenter de longues conversations
téléphoniques avec eux, enfermée dans sa chambre.

Laura et Pierre ne peuvent plus s’accorder de moments ensemble. D’un
coup, la sexualité s’interrompt et le rapport au corps change. Ils ne
peuvent pas faire monter le désir comme avant, car ils n’ont plus
d’horizon pour se projeter dans l’intimité. Faire du sport ensemble
devient le seul moment consacré ensemble à leur corps. « On est en train
de devenir frère et sœur », déplore Pierre.

Harmonie familiale
Paradoxalement, l’ambiance se détend à la maison. Le quotidien
s’organise joyeusement et la famille prend à nouveau goût à passer du
temps ensemble. À 11 h 30, tout le monde se retrouve sur la terrasse
pour bronzer. À 18 h 30, c’est l’heure du yoga. Laura passe du temps
avec sa mère. Les deux femmes qui avaient tant de mal à communiquer se
parlent enfin franchement. L’harmonie familiale est retrouvée. Car
désormais, plus personne ne se bat pour défendre son intimité. « Le
gâteau disparaît, donc on se met au régime de manière naturelle »,
raconte Laura.

Aujourd’hui, Laura a l’impression de vivre une vie idéale dans laquelle
la collectivité prime sur les individus. Elle se rend compte, même si
elle l’avait longtemps refoulé, qu’elle ne s’est peut-être pas seulement
installée chez sa mère italienne pour économiser de l’argent. Enfin,
Marta s’occupe d’elle et de sa famille plutôt que de ses amants.

Mais aujourd’hui, Laura vit aussi avec une peur qu’elle n’ose pas
s’avouer complètement : « C’est vraiment beau ce qu’on est en train de
vivre. J’ai presque envie que nous vivions pour toujours en confinement.
» Cette situation idyllique survivra-t-elle à la liberté retrouvée ? La
suite à la fin du confinement…

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