Question du soir – de l’apéro à l’aporie

Tout à l ‘heure, je suis allé voir mes voisins pour leur transmettre un information de la part de la mairie qui n’avait pas pu encore les joindre. Ils sont âgés et absolument charmants. Je n’avais pas encore eu l’occasion de leur parler depuis le confinement.
Je me suis bien lavé les mains, j’ai mis mon écharpe et je suis allé leur porter le message. Puis, la conversation glisse sur comment ça se passe pour eux. Absolument aucune inquiétude de leur part, bien au contraire ! C’est tout juste s’ils comprennent que je veux parler du confinement et du virus. Elle perd la mémoire immédiate – donc forcément tout ce qui concerne l’épidémie – et lui pense que le confinement est bientôt fini et qu’ « ils » sont en train de trouver le remède (en montrant la télévision). Au bout de 5 minutes, il me propose même de rentrer prendre l’apéro !
Après avoir bien entendu décliné l’invitation par mesure de précaution et proposé son report après la fin de la crise, je leur fait part de mes inquiétudes sur une durée plus longue de confinement et sur des virus très anciens dont on n’a toujours pas de remède, que cette hypothèse me semble aussi possible… Mais j’ai peur de les inquiéter… Il me dit aussi qu’ici, il n’y pas grand monde alors aucun risque de croiser le virus… Je lui dit que moi je ne suis pas sûr de ne pas être contaminé par exemple, que je reviens d’un voyage. Mais il m’a souri, en disant que ces enfants étaient trop inquiets pour lui.

Me voilà ramener à un grand enfant qu’il faut rassurer ! Je n’ai pas insisté. Mais ça continue de me poser question. Car ils ont d’une certaine manière la chance de traverser ce moment sans angoisse, et sans les inquiétudes qui viennent depuis quelques jours hantés plus ou moins nos quotidiens. Mais ils s’exposent peut-être à des risques très graves à ne pas prendre assez de précautions car ils sont susceptibles d’être vulnérables. A trop les inquiéter (avec des arguments plus chocs), ça viendrait pertuber leur tranquillité. Mais à l’inverse, n’est-ce pas manquer d’attention que de ne pas chercher à les convaincre de faire plus gaffe à eux ?
Sans compter que leur parler plus, c’est multiplier le risque d’être responsable de leur contamination, au cas où je porterai moi-même le virus !

Si on pousse plus loin l’aporie, on peut aussi s’interroger sur la brutalité des méthodes (et des discours) du gouvernement pour imposer les mesures dites de distanciation sociale. Loin de moi l’idée de leur tirer mon chapeau ! Mais ça fait quand même aussi réfléchir sur les moyens d’actions rapides dont ils disposaient…

Et surtout, si on se dit qu’on veut prendre soin des uns des autres, comment on fait, déjà, avec cette simple question ?

Bon, je retourne me laver les mains…

19 mars 2020

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